📈 La remontée des taux d’intérêt, longtemps redoutée, se précise. Après une stabilité relative au début de l’année, les banques ajustent leurs barèmes à la hausse. Les observateurs du marché immobilier s’interrogent : les taux vont-ils franchir le seuil symbolique des 4 % d’ici la fin d’année ?
Selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le crédit immobilier a connu une accalmie au premier trimestre, avec un taux moyen de 3,22 %. Mais le printemps a marqué un tournant. Les données de Pretto pour le mois d’août affichent des moyennes de 3,33 % sur 15 ans, 3,44 % sur 20 ans et 3,52 % sur 25 ans. Sur cette dernière durée, la progression atteint 0,09 point en un mois.
La remontée des taux de crédit immobilier se confirme
Ces chiffres globaux cachent une réalité plus contrastée. Pour un emprunteur au profil classique, les conditions effectivement proposées s’écartent nettement des moyennes. Élodie Jaffre, courtière chez Pretto, suit des dossiers avec des barèmes autour de 3,80 % sur 25 ans, hors assurance. Certains établissements montent à 3,90 %, voire 3,95 %.
Le seuil des 4 % est déjà visible si l’on considère le TAEG, qui englobe les frais annexes et l’assurance emprunteur. Selon la courtière, une bonne partie des emprunteurs se situe déjà au-dessus de ce niveau en taux effectif. Le taux nominal, celui qui sert au calcul des mensualités, reste toutefois légèrement en dessous.
- 3,95 %taux constaté sur 25 anshors assurance, profils classiques
- 4,09 %TEC 10 au 25 aoûtcoût de refinancement des banques
- +16 400 €d'intérêts sur 25 ansentre 3,60 % et 4 % pour 250 000 €
- -10 300 €de capacité d'empruntà mensualité constante
Des emprunteurs inégaux face au mouvement
Tous les dossiers ne subissent pas la hausse avec la même intensité. Les emprunteurs les plus exposés présentent souvent des profils particuliers. On retrouve notamment :
- 📋 Les primo-accédants avec un apport limité ou inexistant
- 💼 Les travailleurs indépendants, dont les revenus sont jugés plus volatils
- ⏳ Les ménages qui allongent la durée de leur prêt pour réduire les mensualités
À l’inverse, un apport solide, une épargne conservée après l’achat et des revenus stables restent des atouts pour négocier des conditions avantageuses. La maîtrise du dossier demeure la meilleure carte à jouer face aux banques.
Le scénario d’un passage à 4 % d’ici la fin de l’année
Les durées longues en première ligne
Pour Élodie Jaffre, un passage généralisé à 4 % d’ici décembre ne concernerait que les prêts immobiliers les plus longs. « Sur 15 et 20 ans, on reste nettement en dessous, et je ne vois pas ces durées atteindre 4 % d’ici décembre », estime-t-elle. Les emprunteurs qui visent un financement sur 25 ans sont donc les plus concernés par l’évolution.
La pression des marchés obligataires
La cause principale de cette tension vient des marchés obligataires. Le TEC 10, qui mesure les conditions de financement à long terme des banques, a atteint 4,09 % le 25 août. Il était encore à 3,91 % au début du mois et a culminé à 4,10 % le 19 août. Cet indicateur pèse directement sur les coûts de refinancement des établissements. Cette situation rappelle le choc de 2023, lorsque les taux longs avaient provoqué une hausse brutale des barèmes.
Les banques surveillent ce paramètre de près. Une remontée prolongée des taux longs pourrait les contraindre à répercuter la hausse sur leurs barèmes. Pour l’heure, la concurrence joue un rôle de modérateur.
L’impact sur le pouvoir d’achat immobilier
Un surcoût de 16 400 € sur la durée du prêt
Même s’ils paraissent modestes, ces changements ont une incidence réelle. Pour un prêt immobilier de 250 000 € sur 25 ans, le passage de 3,60 % à 4 % fait grimper la mensualité d’environ 1 265 € à 1 320 €. Le coût total des intérêts passe de 129 500 € à près de 145 900 €, soit 16 400 € supplémentaires sur la durée.
Une capacité d’emprunt réduite
La hausse des taux d’intérêt réduit mécaniquement le montant finançable. À mensualité constante, un ménage qui pouvait emprunter 250 000 € à 3,60 % ne peut plus obtenir qu’environ 239 700 € à 4 %. La perte de pouvoir d’achat dépasse 10 000 €, sans que les revenus aient changé.
Prenons le cas de Julien, un jeune actif qui vise un appartement à 250 000 €. Avec un taux à 3,60 %, sa mensualité s’élève à 1 265 €. À 4 %, il doit revoir son budget à la baisse ou augmenter son apport. Une situation que beaucoup de candidats à l’achat connaissent actuellement.
Faut-il attendre ou acheter malgré la hausse ?
Repousser son projet n’est pas forcément la solution. Comme le rappelle Élodie Jaffre, « le taux, ça se renégocie. Le prix d’achat, jamais. On achète un bien, on ne se marie pas avec son taux ». Le crédit immobilier n’est pas une décision irréversible : des renégociations restent possibles si les conditions s’améliorent.
Les leviers de négociation à ne pas négliger
Le taux nominal n’est pas le seul élément du dossier. Les frais de dossier, la garantie, les conditions de remboursement anticipé et surtout l’assurance emprunteur peuvent être discutés. Chaque point économisé compte, surtout quand les taux remontent.
La concurrence entre banques, un amortisseur
Les banques ont des objectifs de production à tenir. Le crédit immobilier reste leur produit d’appel pour capter de nouveaux clients. Elles peuvent donc absorber une partie de la hausse sur leurs marges afin de rester compétitives. Cette stratégie limite, pour l’instant, l’amplitude du mouvement.
Ce que la hausse des taux vous coûte
Est-ce que je dois attendre pour acheter ?
Difficile de prédire. Les taux pourraient encore monter sur 25 ans, mais la concurrence entre banques limite l'ampleur. Si votre projet est prêt, ne tardez pas trop.
Un taux de 3,95 % sur 25 ans, c'est grave ?
Par rapport aux 2,50 % des années passées, oui. Ça représente plusieurs milliers d'euros sur la durée du prêt, mais cela reste inférieur aux 4,5 % de 2023.
Comment obtenir un meilleur taux ?
Apportez un maximum d'apport, gardez une épargne de côté et stabilisez vos revenus. Un courtier peut aussi faire jouer la concurrence.
Le TAEG à plus de 4 %, ça veut dire quoi exactement ?
Le TAEG inclut les frais de dossier, l'assurance et les garanties. C'est le coût complet du crédit, donc souvent supérieur au taux nominal affiché.
Racontez-nous votre première fois avec ça
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Noah Boulanger a commencé dans la presse régionale avant de se spécialiser dans les sujets patrimoniaux et immobiliers. Dix ans sur le terrain lui ont appris à vulgariser sans simplifier. Il suit de près les marchés locatifs et les réformes du crédit immobilier.
4 commentaires
Merci Noah pour ce décryptage. Ces hausses vont impacter les budgets rénovation, à intégrer dans tout projet immobilier.
Bonjour Noah, la hausse des taux va forcément peser sur les budgets rénovation. Merci pour ces chiffres éclairants.
Encore des taux qui grimpent, les vendeurs doivent ajuster leur prix. Le 4% va faire mal.
Super article ! Les taux montent, mais on trouve encore des bonnes affaires. Il faut négocier!